Reproduire les schémas parentaux, un choix ?

Schémas parentaux

Reproduire les schémas parentaux un choix ou une fatalité ?

Des tendances indéniables démontrées par la psychologie et la psychanalyse

Il y a parfois un monde entre nos convictions profondes, nos valeurs morales et nos jugements conscients et nos actes. Pourquoi une mère qui aime son jeune enfant va-t-elle se surprendre à le frapper comme elle l’a été elle-même au même âge ? Et pourquoi, après coup, aura-t-elle des regrets à propos de son acte ? Reproduire les schémas parentaux, un choix ou une fatalité ?

Nous sommes des êtres complexes, constitués d’une partie analytique, rationnelle, pensante et d’instincts profondément enfouis et refoulés, de manifestations de cet Inconscient si puissant qui nous fait agir parfois de façon que nous ne comprenons pas nous-mêmes.

Freud fut un des premiers à évoquer cette tendance de notre Inconscient à nous faire revivre et ressentir de nouveau les émotions et les sensations connus dans la petite enfance. C’est vrai pour le positif mais malheureusement ça concerne aussi les expériences négatives, toutes les expériences y compris les plus traumatiques. Les interactions de notre enfance et leur particularités nous allons avoir tendance à les reproduire encore et encore à l’âge adulte avec notre entourage ou notre progéniture.

Est-ce une fatalité ?

Non bien sûr. Ce n’est pas parce que vos parents ne vous ont jamais encouragé et que vous n’en êtes pas mort, que ça justifie que, à l’âge adulte vous reproduisiez ce même comportement sur les autres. Vous n’en êtes pas mort physiquement, certes mais pouvez-vous affirmer que ce manque d’encouragement, amour, de caresses, baisers et empathie n’a pas généré de carence en vous et que ce manque n’a pas provoqué de handicap ou créé de difficultés supplémentaires dans votre vie ? Diriez-vous au contraire que ça vous a nuit et compliqué les choses ? Sans doute.

Vous connaissez donc sur le bout des doigts les effets néfastes et négatifs de ce comportement, puisque vous avez vécu tout ça vous-même, dans ce cas pourquoi les reproduisez-vous sur les autres ? Et surtout pourquoi les reproduisez-vous sur les personnes que vous aimez le plus ? (enfants, conjoint, amis etc) Par méchanceté ? La plupart du temps non bien sûr ! Simplement vous n’avez jamais pris conscience de ces mécanismes.

Des conditionnements inconscients encore et toujours…

En général les personnes qui reproduisent les schémas parentaux (ceux de leurs parents biologiques ou des personnes qui les ont élevées ou qui, par un contact prolongé, ont participé à la construction de leur psyché durant l’enfance) agissent tout simplement inconsciemment. Elles n’y ont tout simplement jamais réfléchi. Voici encore un de ces processus inconscients néfastes, un de ces conditionnements automatiques qui peut faire beaucoup de mal si on ne fait pas le choix à un moment donné de s’arrêter pour se réveiller, devenir conscient, penser à ses actes et se demander s’ils sont vraiment pertinents.

Ces comportements inconscients peuvent nous pousser à faire du mal à notre entourage mais à l’inverse ils peuvent faire de nous des victimes qui, pour être inconscientes des processus en jeu, n’en sont pas moins à l’origine des maltraitances qu’elle vivent et revivent parfois à l’infini. C’est le cas par exemple de la personne (femme ou homme) qui va sans cesse « choisir » un(e) conjoint(e) violent et maltraitant ou un(e) conjoint(e) intéressé(e) qui va, à chaque fois les dépouiller. Lorsque ces schémas de vie deviennent systématiques et trop répétitifs alors nous ne pouvons ignorer leur caractère suspect.

Le comportement pervers, un cas spécifique et différent

Les personnes perverses, qui agissent délibérément existent aussi, il serait naïf de le nier. Enfant j’ai connu la violence physique. J’étais coincée entre une mère perverse et un père faible et déséquilibré qui compensait son manque de personnalité et son instabilité psychiatrique par la violence physique. Cet homme était utilisé et instrumentalisé par sa femme qui en faisait un outil pour régler ses comptes et le pousser à attaquer et à passer à l’acte à sa place (j’ai souvent dit que mon père était la « Bête du Gévaudan » de son épouse (clin d’œil à la célèbre affaire et au cinéma, à la créature monstrueuse utilisée par son maître pour tuer à sa place), autrement dit cet animal sauvage et monstrueux qui agit non pas vraiment parce qu’il est intrinsèquement mauvais mais parce que son maître (son épouse) l’est, le pousse à l’agression et qu’il lui obéit aveuglément.

Ma mère laissait mon père me battre, sans intervenir bien sûr puisqu’elle se servait de lui pour faire ce qu’elle n’avait pas le courage de faire elle-même et ensuite elle m’expliquait que je n’en mourrais pas, que elle, toute son enfance elle avait été battue par son propre père très sévèrement. J’avais droit ensuite à des récits détaillés sur la nature des sévices reçus et des plaintes incessantes sur le sort terrible qu’elle avait connu et les conséquences que ça avait entraîné pour elle. En dépit de ça, elle trouvait parfaitement normal de reproduire ce comportement sur moi !

Je ressentais même souvent une certaine jouissance chez elle, une façon de se dire « Aujourd’hui c’est mon tour, j’ai été une enfant faible et une victime impuissante mais aujourd’hui je suis l’adulte, je suis la personne forte, aujourd’hui c’est moi qui ai le pouvoir et donc je vois pas pourquoi je me priverais de l’utiliser. C’est mon tour et c’est dans l’ordre des choses que j’en profite moi aussi. » Bon nous entrons là dans le cadre particulier des natures perverses narcissiques qui, à l’inverse de celui ou de celle qui reproduit les schémas comportementaux de son enfance inconsciemment et sur « pilote automatique » simplement parce qu’il se laisse aller à ses élans naturels, un peu endormi, un peu sonné, sans jamais y avoir réfléchi, le pervers lui est parfaitement conscient de la nature contestable et nuisible de ses actes et il les commet délibérément.

C’est bien parce que ma mère savait que battre son enfant était une chose plutôt mal vue, même dans les années 70 qu’elle se servait de son époux faible et violent pour le faire le sale boulot à sa place ! En cas de débordement (hôpital, intervention médicale nécessaire, ce qui est arrivé…) ou de témoins imprévus et choqués, il lui était alors très simple d’accuser mon père, de le charger de tous les maux et de mettre en avant ses problèmes psychiques et sa nature colérique, afin de garder elle, sa réputation intacte. La lâcheté des témoins faisait le reste. La plupart des gens ne sont pas dans le schéma pervers (heureusement) et agissent juste instinctivement spontanément.

Des tendances mais pas une fatalité

Tout le monde sait qu’un ancien enfant battu, s’il ne se donne pas la peine de travailler sur lui-même et sur son vécu infantile, s’il se laisse porter par la vie et les évènements sans jamais s’arrêter pour y réfléchir ni analyser ce qu’il ressent et ce qu’il fait, aura tendance alors à reproduire spontanément la violence qu’il a subi sur ses propres enfants (ou sur les animaux).

Aujourd’hui, nous savons aussi que cela n’a rien d’une malédiction ou d’un sort définitif. Il est possible d’éviter ça. Nous connaissons tous des femmes et des hommes qui ont été maltraités et sont pourtant aujourd’hui d’excellents parents ou qui l’ont été à leur tour. Cependant, pour éviter les dérives, il faut être responsable et accepter de s’auto-analyser, reconnaître que l’on est victime de tendances destructrices, accepter de faire ce constat et cette reconnaissance qui n’est pas facile du tout car il est très difficile de reconnaître avoir une part de violence en soi, même quand on sait que l’on a des circonstances atténuantes pour l’expliquer.

Cela demande un immense courage qui mérite d’être salué. Et bien sûr, il faut avoir le désir de changer et d’abandonner cette tendance à la violence. En général, lorsque la prise de conscience arrive, que ce soit grâce à un professionnel de la psychologie, un tiers ou même par un travail personnel, la majorité de ces personnes essaient alors de se faire aider et de changer. Le pervers lui refuse de changer car son comportement lui apporte des satisfactions auxquelles il refuse de renoncer.

La violence physique et psychologique est une exemple un peu extrême et très particulier à cause du caractère traumatique subi par l’enfant, puisqu’il a cette caractéristique de provoquer des blessures et des déséquilibres psychiques qui vont s’installer, perdurer et qui devront être traités un jour.

Toutefois, le phénomène s’applique à des vécus moins traumatiques et parfois anodins, qui ne vont pas avoir de vrai impact sur la personnalité future mais qui illustrent bien néanmoins le phénomène. En dehors, encore une fois, du cas très particulier et spécifique du pervers narcissique qui lui, reproduit ce qu’il a vécu avec conscience et plaisir, le parent ordinaire, non pervers aura tendance tout de même à vouloir préserver ses enfants de ce qui lui a manqué ou fait du mal.

Ainsi, la plupart du temps, celui qui a été privé de jouets, de sorties, d’activités, aura tendance à gâter son enfant et à vouloir lui offrir tout ce qu’il n’a pas eu. Celui qui a été privé de manifestations d’amour et de démonstrations affectives concrètes multipliera les caresses, les bisous et les encouragements verbaux car il est capable de mesurer l’importance que cela peut avoir sur le développement futur. De façon générale, le parent qui a souffert de quelque chose, fera tout pour l’épargner à ses enfants, et parfois pourra même aller jusqu’à basculer dans l’excès inverse.

Bien sûr, ces interactions ne se limitent pas au rapport parents/enfants mais à toutes les relations humaines, à tous les échanges. En entreprise par exemple, une personne généreuse pourra accueillir chaleureusement un nouveau venu et avoir à cœur de lui apporter toute l’aide dont elle aurait elle-même aimé bénéficier à son arrivée et qu’elle n’a pas reçue. A l’inverse, d’autres auront une attitude plus perverse et personnelle en disant « Moi, personne ne m’ai aidé alors que les autres se débrouillent ! »

Une question de degré et de gravité…

Ces tendances à la reproduction du vécu ne sont réellement problématiques que lorsqu’elles ont donné lieu à de vrais traumas, profondément refoulés parfois et qui poussent à agir de façon irrépressible et donnent lieu à des actes graves.

Le côté revanchard du collègue de travail, le voisin jaloux qui vous dénonce parce que vous avez construit un abri de jardin sans autorisation et que lui-même a dû renoncer à faire ce qu’il souhaitait chez lui faute de permission, la bonne copine qui se réjouit de vous voir prendre du poids parce qu’elle-même à un problème avec ça, toutes ces choses ne sont en général pas bien méchantes. Elles font partie des mauvais côtés de la vie quotidienne, nous survivons à toutes ces petites misères. Il ne s’agit pas de reproduction de schémas mentaux inconscients mais simplement d’expression de la jalousie ordinaire, de l’envie et des sales petits côtés qui se nichent toujours plus ou moins en chacun de nous.

Là où ça devient grave c’est quand on reproduit un abus sexuel sur enfant, quand ça conduit à la pédophilie, à la violence ou même au crime simple ou en série ! Et c’est là qu’apparaît toute la nécessité cruciale de se faire accompagner et aider pour les personnes touchées par ces tendances. En pareil cas un suivi psychologique ou psychiatrique et une intervention s’avèrent nécessaire, avec un professionnel de la santé dans les cas les plus graves ou lorsqu’il y a eu passage à l’acte.

Il n’est évidemment pas nécessaire d’attendre un drame pour entamer un travail sur soi-même et il est recommandé bien au contraire d’anticiper et d’agir le plus tôt possible dès que nous avons conscience de la présence de l’existence de tendances ou pulsions malsaines en nous. Toutes les méthodes d’intervention et d’accompagnement psychologique, longues ou courtes peuvent apporter une aide précieuse. Il est même possible de les combiner : psychanalyse pour un travail en profondeur de longue haleine, thérapies comportementales pour agir plus rapidement au cœur du problème, thérapies brèves pour obtenir un premier soulagement en urgence (méthodes de gestion des émotions, exercices respiratoires, hypnose, sophrologie, groupes de parole…).

Alors coupables ou pas ?

Personne ne doit se sentir coupable des pulsions qu’il peut ressentir, y compris les plus terribles. « Responsable mais pas coupable », l’expression est bien connue à présent mais juste. L’enfant traumatisé qui devient un adulte victime de compulsions graves ne peut être condamné pour ces mêmes pulsions car il s’agirait alors d’appliquer une double peine.

Une société moderne, civilisée et responsable se doit d’apporter de l’aide aux citoyens fragilisés et en détresse psychologique qui en éprouvent le besoin et en font la demande. En faire la demande : tout est là. La personne concernée doit être responsable et faire le choix de demander de l’aide, de faire le nécessaire pour échapper à son Destin, à ce Destin funeste écrit dans le livre noir des conditionnements inconscients, par les scénarios traumatiques vécus dans l’enfance. Là est la responsabilité individuelle, là se trouve la morale, l’éthique personnelle et enfin tout simplement : le libre arbitre.

Chacun dispose de ce libre arbitre. Suivre ses instincts, passer à l’acte, se laisser aller et se donner toutes les excuses du monde ? Un choix. Agir et décider de se déconditionner, refuser de devenir ce que notre enfance ou les êtres qui nous ont côtoyé et éventuellement fait du mal à l’époque, ce que les sévices reçus veulent faire de nous aujourd’hui ? Un choix aussi. Et s’il y a déjà eu passage à l’acte malheureusement, rien n’est perdu. Il est toujours temps de se reprendre, de faire le choix de devenir responsable, d’assumer les actes que l’on a pu commettre et ce qui les a motivés ainsi que leurs conséquences pour nous et sur autrui. Il est toujours temps de faire le choix de se corriger, de demander pardon, de réparer ce qui peut l’être, de changer et devenir, ou redevenir un être libre, la personne que nous souhaitons vraiment être.

Face au passage à l’acte et en particulier face aux délits graves et aux crimes, il faut distinguer la personne qui a été le jouet de ses conditionnements et de des programmes mentaux, celle qui émet des regrets et souhaite se soumettre à un accompagnement psychologique, voire à un traitement médical dans les cas les plus graves, quand il s’impose des cas qui relèvent de la sociopathie. C’est tout le travail mis en œuvre par la Justice des hommes en association avec les experts psychiatres et psychologues.

Et vous que pensez-vous de tout ça ? Comment l’étude des cas graves ou spectaculaires qui nous sont exposés au quotidien dans les journaux ou les médias peut-elle être pour chacun de nous, l’occasion de nous interroger sur nous-mêmes. Même si nous sommes de citoyens ordinaires, même si nous n’avons jamais commis d’actes graves, nous gagnerons tous à la réflexion et à nous demander si un jour dans des circonstances particulières et exceptionnelles nous ne pourrions pas nous aussi agir d’une façon que notre raison et notre conscient condamnent. S’interroger, réfléchir, penser, anticiper : là est la responsabilité personnelle de chacun. Là est notre part de libre arbitre.

Pour en savoir plus :

C’est quoi l’inconscient ? https://provence-hypnose-reiki.com/cest-quoi-linconscient/

Piloter votre vie : pourquoi c’est important

Comment se reconstruire après une relation avec un pervers narcissique

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Véronique CHEYRIAS
Praticienne Hypnose Ericksonienne et Programmation Neuro Linguistique

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