Pourquoi le pervers narcissique est-il à plaindre

Comment et pourquoi le pervers narcissique est-il le plus à plaindre ?

Pourquoi évoquer la figure mythologique du vampire et du pervers narcissique sur ce site ? Car ces personnages utilisent une forme d’hypnose ou plus précisément ils sont des spécialistes du conditionnement et de la manipulation psychique. Leurs procédés pour asservir la personne choisie sont très semblables à ceux qui sont mis en place par les sectes pour attirer, séduire, rendre dépendants puis addicts des personnes pourtant intelligentes et rationnelles au départ. Certains escrocs utilisent eux aussi ces techniques. Toutefois ce qui fait du PN un être particulièrement redoutable est la totale impunité dont il jouit la plupart du temps. Il agit incognito et il est très difficile de faire la lumière sur les stratégies qu’il emploie. Si le gourou ou l’escroc finissent souvent par être démasqués, si leurs méthodes sont enseignées au public pour le mettre en garde, dénoncées et connues, il n’en est pas de même pour le PN qui échappe presque toujours à la reconnaissance de ses agissements.

Le pervers narcissique est souvent assimilé à la figure métaphorique du vampire de la mythologie. Il n’est pas humain même s’il est infiltré parmi les humains et fait tout ce qu’il peut pour leur ressembler et paraître inoffensif. Les mythes vampiriques nous permettent de mieux comprendre ce profil psychologique.

Force, pouvoir et impunité ? Le pervers narcissique serait-il donc le héros des temps modernes ? La personne qui fascine et qui dans une société matérialiste et impitoyable apparaîtrait presque comme un modèle à suivre ? Certains franchissent le pas, pour s’en convaincre il suffit de se rappeler du culte que vouaient certaines jeunes défavorisés qui, séduits par la délinquance, avaient fait de l’escroc Christophe Rocancourt, vu comme une star, un modèle à suivre et à imiter… Pourtant le PN est-il heureux ? Pas sûr.

Le vampire est le vrai dépendant, il est addict à l’énergie de sa victime. Même gravement frappée, la victime garde toujours une chance de s’en sortir, tant qu’elle est vivante, tout reste possible pour elle. Lui, il n’a aucune perspective d’avenir, il ne pourra jamais échapper à son fonctionnement pathologique et il le sait. Si une victime parvient à lui échapper, il lui faudra en trouver une autre au plus vite, c’est une question de survie. Pour lui l’esclavage est sans fin. Pas de rémission possible.

Avez-vous déjà observé le cheminement et l’évolution séparée des membres d’un couple aussi infernal ? Si le vampire a réussi à piéger une autre victime assez vite, vous n’observerez pas de changements majeurs dans sa vie, ce sera une continuité. Mais s’il n’y parvient pas, il s’écroulera peu à peu. Cela ne sera pas flagrant tout de suite : d’abord son brillant ternira un peu puis il finira par disparaître totalement. Ce qu’on croyait être de la créativité, de l’intelligence, de la passion, sera remplacé par une attitude morne, passive, indifférente. Pendant longtemps il pourra la justifier en accusant son ancienne victime de l’avoir laissé abattu et déprimé à cause de mauvais traitements, ingratitude, trahison… C’est une façon – désespérée – pour lui, de tenter de faire durer encore un peu, le plus possible, les bénéfices de cette relation morte.

Tant que ça fonctionnera auprès de son entourage, le vampire pourra encore utiliser son ancienne proie pour expliquer et justifier tous ses échecs. Certes l’autre a disparu mais il a laissé des traces, il a traumatisé, voilà pourquoi il n’est plus aussi brillant que jadis… Un jour ou l’autre pourtant, plus personne ne sera dupe. Où en sera, deux ans, cinq ans, dix ans après le PN qui n’a pas pu remplacer son ancienne victime ?

A l’inverse, que sera devenu l’ancienne proie ? Pour peu que sa liberté soit totale et authentique (c’est-à-dire qu’elle n’ait pas échappé à un PN pour se jeter dans les bras d’un autre aussitôt), le changement est très différent. Il est rapide et spectaculaire. Si le lien est rompu à 100 % et définitivement, la proie libérée récupère toutes ses forces immédiatement. Le spectacle peut être troublant et déstabilisant pour un observateur extérieur. C’est même une des plus grandes preuves de la réalité du phénomène.

De toute évidence, l’ancienne proie utilise enfin pour elle-même ses propres capacités et ressources, libérée de l’énorme parasite qui était accroché à elle et ne lui laissait rien, elle va tout à coup profondément changer. Sa personnalité semble complètement modifiée du jour au lendemain mais il n’en est rien : l’ex victime est juste guérie comme une personne qui a enduré une maladie grave et a failli y laisser la vie afin de guérir miraculeusement et complètement. Le malade qui guérit se transforme : il reprend du poids, des couleurs, sa peau redevient colorée et lumineuse, il retrouve toute sa force physique mais aussi morale, psychologique, son audace, sa confiance en lui, sa joie de vivre…

La perversion narcissique est un cancer qui dégrade petit à petit et parfois tue. Lorsqu’on en guérit c’est une renaissance mais si personne ne nous reconnaît ce n’est pas parce qu’on est devenu quelqu’un d’autre ou qu’on a changé : on a juste récupéré, retrouvé la santé, repris ce qui était à nous et qu’on nous avait volé. En parallèle le PN lui, s’il n’a pas remplacé sa proie, pourra alors paraître tomber malade ou prétendre sombrer dans la dépression, à cause de l’autre bien sûr.

Les bouleversements systémiques et négatifs, dans la nouvelle vie du PN en deuil de sa victime, sont révélateurs. Outre le nourrir et lui donner une vie artificielle dont il est dépourvu au naturel, une personnalité et un visage humain et aimable qui n’est pas le sien mais un masque qui imite le visage de la proie, cette dernière rend bien d’autres services à son parasite. Elle est pour lui un facteur d’équilibre, elle maintient l’apparence de la normalité et de la santé mentale de celui-ci face au public selon les thèses du psychanalyste et écrivain : Jean-Charles Bouchoux. Elle est aussi un facteur de stabilité et de resserrement des liens familiaux et personnels du PN en dehors de la personne victime.

Avec le vampire, le PN partage l’art maîtrisé de l’hypnose et du conditionnement. Il sait utiliser les failles creusées dans l’autre par un passé difficile et des blessures anciennes (écouter ici les explications de Jean-Charles Bouchoux).

Un vampire a besoin d’une proie. Faute de proie il meurt. Attaquer, détruire est donc une question de survie pour lui. C’est un prédateur, rien d’autre. Quand il y a abondance de nourriture, le vampire comme toute créature compose son menu en fonction de ses préférences. Il choisira la proie la plus intéressante, la plus nourrissante, la plus valorisante, la plus susceptible de le faire briller beaucoup et longtemps, donc une personne intelligente et forte (contrairement aux idées reçues) qui pourra être longtemps sa réserve de nourriture, toujours renouvelée. S’il y a abondance et qu’il a le choix, le vampire ira chasser en dehors de son territoire personnel : idéalement la victime doit être étrangère à son cercle familial et amical.

Le PN doit tuer pour vivre mais il sait aussi qu’il a besoin d’alliés. Lorsqu’il a élu une victime, il  protège le reste de ses proches, non par amour mais par calcul. Le conjoint peut très bien être cette personne étrangère en tant que non intégrée dans son cercle familial et amical exclusif (les amis de la victime, s’il y en a, sont éliminés et éloignés peu à peu), mais cela peut être aussi un ex conjoint, resté sous emprise, tant il est difficile de se défaire de ces liens toxiques. Dans ce cas, non seulement il va préserver son cercle familial au sens large mais aussi sa nouvelle relation. Ici la victime du PN est celle qui maintient l’équilibre et la viabilité d’un système relationnel en acceptant de se charger de tous les maux et de les porter à lui tout seul.

En effet, le PN peut se montrer tout à fait fréquentable, voire très agréable, avec ses proches lorsqu’il est bien nourri par ailleurs. Il est toujours possible, en cas de nécessité, de justifier tout ce que ses proches peuvent lui reprocher par l’existence de la personne qu’il vampirise. Il aimera se prétendre « sauveur » de celle-ci, par exemple, affirmer qu’il se sacrifie pour l’aider, par pure compassion et ira jusqu’à justifier ses échecs, son inaction et même ses actes immoraux en utilisant sa proie.

Un PN peut très bien présenter sa victime comme une personne qui a besoin d’aide et à qui il porte secours régulièrement, ce qui le fait passer pour un héros auprès de ses proches, entretient l’animosité de ces mêmes proches envers la victime (ça peut être utile) et en plus de tout, dans certains cas, la proie sert aussi d’alibi gratuit pour mener une double vie, entretenir une liaison adultère ou faire « l’école buissonnière » pendant que les proches le croient occupé à « sauver » sa victime. Certains PN vont ainsi faire croire à leur conjoint, famille et amis qu’ils passent leurs journées libres à aider leur victime, qui a besoin de tel et tel service. En réalité, ils ne sont pas avec la victime mais s’occupent à des actes plus inavouables… Comme il veille à tenir sa proie toujours coupée des autres et isolée, personne ne découvre le pot aux roses.

Le PN a intégré merveilleusement bien le rôle ancestral du bouc émissaire. Il prétend sauver la proie, c’est la version officielle qu’il en donne mais la proie le sauve, tant qu’elle est là en préservant sa santé mentale, son équilibre familial et relationnel, sa position sociale, sa réputation…

Quand la victime disparaît, elle laisse un immense gouffre dans la vie du PN.

Le vide sidéral de sa vraie nature lui revient d’un coup en pleine face et de la même manière que de son côté, l’ex victime renaît et va retrouver l’épanouissement, il va lui sombrer dans le désespoir et la dépression. Il accusera son ex victime d’avoir laissé des séquelles. Cela pourra marcher un temps. Pourtant s’il veut survivre, le PN devra trouver une autre proie et rapidement ! Il va se mettre en chasse. S’il est chanceux, il retrouvera une nouvelle victime idéale, conforme à ses besoins alimentaires, étrangère à son cercle intime, intelligente et fragile à la fois, assez forte pour le nourrir longtemps mais assez sensible et vulnérable pour le laisser s’accrocher à sa carotide. Pourtant avec le temps et l’âge, il devient plus difficile de chasser. Le charme hypnotique du PN fonctionne mieux sur les jeunes personnes qui ont peu d’expérience et encore toutes leurs illusions.

S’il ne trouve pas cette proie idéale en dehors de son territoire, il aura faim, très faim et sa santé mentale commencera à vaciller. Alors il se résoudra à chasser ce qu’il peut là où il peut. C’est là que parfois, le PN s’attaque alors à son conjoint ou à un membre très proche de sa famille ou de son cercle d’amis intimes qui avait été jusque là épargné puisqu’il se nourrissait ailleurs. Sa bulle relationnelle finira par éclater et au sein même de son cercle privé, certains feront l’expérience cruelle de découvrir sa vraie nature parfois des années après avoir été trompés. La lumière qu’il redoute tant le frappe un jour ou l’autre mais les victimes tombées ne se relèvent pas toujours.

Il est possible de vivre des années durant au milieu de prédateurs gavés et repus, de les fréquenter au quotidien, de les trouver bien sympathiques et de se convaincre qu’il s’agit là d’une espèce aussi inoffensive qu’agréable à fréquenter. Que vienne une famine et on découvre la joie d’être une proie devant un fauve affamé et prêt à tout pour survivre.

Le PN laisse des victimes exsangues là où il passe. Elles s’en remettent… ou pas. Tout dépend de la durée de l’attaque, de l’isolement dans lequel il a réussi à mettre ou pas sa victime (souvenez-vous des reportages animaliers, les lions choisissent une gazelle et l’isolent dans un premier temps) car le soutien de la famille ou de proches est capital pour se rétablir après un PN, ça dépend aussi de la force personnelle de la victime : certains après 6 mois d’attaque y laisseront la vie, d’autres survivront de longues années et se rétabliront parfois même seules. Parfois même certains sortent de cette expérience plus forts qu’avant. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » écrivait Nietzche. Certes ! Encore faut-il survivre et tous ne survivent pas… La force développée au prix de la rencontre avec le vampire est-elle une chance ou une malédiction ? La rencontre avec le diable ne se fait-t-elle pas au prix de l’innocence ? Cette même innocence et beauté de l’âme qui a permis à la victime de tomber dans le piège. Non que la victime devienne mauvaise ensuite, même si la mythologie a pu le suggérer (une personne mordue se transformerait à son tour en monstre) mais elle ne sera plus jamais la même, elle restera marquée au fer rouge du sceau de la connaissance de l’existence du mal. Cadeau, ça ?

Le mal fait à ses victimes, même irrémédiable, même en cas de suicide (très courant) n’aura jamais aucune incidence sur le sommeil du PN : d’ailleurs, la victime c’est bien lui n’est-ce pas !? L’indifférence, voire la cruauté et le ressentiment violent qu’il peut manifester du jour au lendemain envers une ancienne proie libérée, et dont il se prétendait pourtant le protecteur et sauveur, est manifeste. Le PN est très rancunier. Il laisse derrière lui nombre d’ex amis ou d’ex conjoints à qui il voue une haine féroce, avec lesquels il essaie de mettre le maximum de distance et dont il redoute la réapparition ou le témoignage dans sa vie.

Un PN en liberté est comme un fauve qui déambule en ville après s’être éloigné de la jungle ou échappé du zoo, si vous le croisez, vous serez comme un esclave jeté dans la fosse aux lions par les romains :  votre sort dépendra de sa faim. Et de votre capacité à le reconnaitre. Et un fauve a constamment faim.

Si fauve s’échappe et traîne en ville, on le pistera, on le capturera et on fera le nécessaire pour protéger les habitants, conscients du danger terrible qu’il représente et de la menace qui plane sur eux à le laisser ainsi en liberté dans des zones habitées. Le PN est exactement ce type de fauve sauf qu’il est laissé en liberté et marche dans la ville en toute quiétude, incognito, d’autant plus dangereux qu’il se revêt de la peau de ses victimes et de ce qu’il leur vole. Un loup sous une peau d’agneau. Un loup déguisé en mère-grand, avec une robe de mamie et un visage jovial. Il vous attend pour vous demander de tirer la chevillette. Ouvrirez-vous la porte ?

Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    2
    Partages
  • 2
  •  
  •  
Véronique CHEYRIAS
Praticienne Hypnose Ericksonienne et Programmation Neuro Linguistique

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Recevez gratuitement votre livre d'auto hypnose

x