Nos bénéfices secondaires

Bénéfices secondaires

Nos bénéfices secondaires, pourquoi nous y tenons tant ?

Ils sont souvent suggérés ou évoqués en murmurant, dans le milieu médical et psychologique, mais qui sont-ils exactement ces bénéfices secondaires qui nous feraient préférer la douleur et la maladie à la guérison ? 

Le bénéfice secondaire est un avantage que notre inconscient trouve et installe à un moment donné pour nous aider à échapper à une situation insupportable et intolérable à laquelle est il nous est impossible ou très difficile de mettre fin consciemment et volontairement.

Échappatoire, bonne excuse ?

Un cas extrêmement courant est la maladie (sous une forme ou une autre) qui se déclenche alors que nous nous sentons coincés dans un emploi que nous détestons et que nous n’arrivons plus à supporter mais que nous  ne pouvons pas abandonner aisément car nous avons besoin de notre salaire, de la sécurité de notre contrat de travail, parce que nous avons des comptes à rendre aux autres membres de la famille qui seraient impactés matériellement par un abandon du poste, ou tout simplement parce que nous redoutons le jugement d’autrui, etc…

La maladie n’est est pas moins bien réelle. Elle sera diagnostiquée par les médecins, confirmée par les résultats des analyses ou examens réalisés mais elle arrive au bon moment. Grâce à elle, la personne qui ne peut plus supporter un travail qui ne lui convient plus va être mise en arrêt maladie de plus ou moins longue durée, ça peut même parfois aller jusqu’à l’invalidité… Ce n’est bien sûr ni conscient, ni volontaire, ni calculé ni vraiment souhaité, en tous cas pas consciemment.

La personne qui rêve de mettre fin à une situation intolérable pour elle, tout en étant convaincue de ne pas avoir les moyens simples de le faire (démissionner, négocier son départ… dans le cas d’un emploi) va essayer de supporter cette situation. Plus cela va durer et si le conflit perdure ou à fortiori s’aggrave, plus la personne qui se sent coincée va augmenter son état de stress intense et se diriger lentement mais sûrement vers la catastrophe. Dans le cas du job qui n’est plus supporté, parfois ça se termine d’une manière assez évidente, par un burn out par exemple.

Un lien pas toujours évident

Il arrive toutefois que le rapport entre l’état de santé physique et la situation problématique soit beaucoup moins évident et pourtant le lien est là. L’individu développe une maladie, peu importe laquelle, peut-être celle à laquelle sa génétique ou son mode de vie le prédisposait le plus, suffisamment grave pour lui donner les moyens, le fameux bénéfice secondaire, d’échapper à cette situation intolérable par le seul moyen possible.

En effet si la personne est intimement convaincue de ne pas pouvoir s’échapper par des moyens classiques, elle va rester dans cette situation intolérable et en pareil cas, ce sera alors son inconscient qui prendra les commandes pour trouver une solution, qui vaut ce qu’elle vaut mais qui en tous cas, dans l’urgence, peut donner satisfaction.

L’opportune migraine

Tout le monde connaît le rôle de l’opportune migraine féminine dans les couples fragiles, cette migraine qui fait l’objet de plaisanteries régulières et dont personne ne semble ignorer l’origine. Parfois simulée, elle arrive à en devenir bien réelle et chronique, là aussi quand elle semble être la seule solution d’échapper à une situation de piège (réel ou perçu comme tel).

Que ce soit pour échapper à un patron colérique et des collègues de travail irascibles, ou à un conjoint trop demandeur, l’inconscient de ces personnes, en liaison et en totale complicité avec le corps va alors « fabriquer » la maladie. Le « bénéficiaire » échappera ainsi, en effet, à la situation qu’il voulait fuir avec une très bonne excuse.

Des accidents parfois graves

La maladie n’est pas toujours la « solution » choisie et mise en place par l’inconscient pour régler un conflit intérieur trop violent et protéger la personne qui, à ce moment-là, n’a pas la capacité, les moyens, le courage, de mettre un terme à ce qui lui fait du mal d’une autre manière. Parfois cela va se manifester par… un accident. Et il est encore plus difficile de faire le lien entre le malaise initial et un accident qui peut sembler complètement fortuit et le fruit total du hasard.

Le personnel médical, médecins ou infirmiers sont pourtant très au fait de ce type de phénomène et il n’est pas rare qu’ils essaient de faire réfléchir les patients, toujours avec délicatesse, sur ce sujet. Il est vrai que chercher à faire prendre conscience à une personne malade ou accidentée, qui souffre, qui souffre parfois beaucoup de sa pathologie, est particulièrement difficile : on marche sur des œufs. Les patients peuvent réagir violemment devant la suggestion d’une participation volontaire quelconque à ce qui leur est arrivé, surtout quand la souffrance ou les conséquences de la maladie ou de l’accident sont graves et impactent réellement leur vie. Parfois en effet, la situation d’arrivée est plus grave, voire beaucoup plus grave que la situation d’origine à laquelle on a, certes échappé, mais pour vivre quelque chose de bien pire encore !

Pourtant le patient pas n’a pas volontairement souhaité tomber malade ou avoir un accident grave pour échapper à une situation qui finalement n’était pas si terrible ou aurait pu se solutionner simplement ! Le processus du bénéfice secondaire est par définition inconscient alors non, ce n’est pas la faute de la personne et non elle ne l’a pas fait exprès, comme on l’entend encore dire parfois. Rationnellement, en réfléchissant et en toute conscience qui aurait délibérément choisi un accident de voiture (par exemple) aux conséquences pouvant être terribles, voire fatales, pour éviter une démission professionnelle ? Aucune personne saine d’esprit, évidemment.

Beaucoup de douleur pour si peu d’avantages…

Le bénéfice secondaire, comme son nom l’indique n’est que… secondaire ! Cela signifie que pour bénéficier d’une conséquence secondaire intéressante, nous sommes prêts à accepter une réalité bien plus grave ! C’est un peu comme si nous faisions le choix d’être immobilisé en fauteuil roulant juste pour pouvoir profiter des places automobiles pour handicapés ! Car il n’y a jamais de bénéfice « secondaire » sans « maléfice » primaire et initial… La campagne en faveur des handicapés qui proclamait : « Tu veux ma place de parking ? Prends mon handicap ! » ne s’y trompait pas. Le bénéfice secondaire par définition est un avantage qui découle d’une situation pénible ou grave et généralement totalement démesurée par rapport au maigre bénéfice apporté…

Evidemment il n’y a aucun raisonnement dans tout cela, le processus est inconscient et dévoyé. Comme dans le cas des phobies irrationnelles mais incontrôlables et comme c’est le cas souvent avec les interventions maladroites de l’inconscient.

L’inconscient ne raisonne pas

Notre inconscient serait-il malveillant avec nous ? Non. Bien sûr que non. Simplement l’inconscient a un caractère naïf, animal, basique, on dit souvent qu’il a les capacités d’analyse d’un enfant de 5 ans et il n’a pas de langage. Dans la mesure où il n’a pas de langage il n’entendra pas nos pensées et nos raisonnements mentaux, il va simplement percevoir nos sensations kinesthésiques, nos émotions, notre mal être et c’est à partir de ce langage sensoriel, sans mots, intuitif et non analytique, qu’il va évaluer la gravité du malaise et l’opportunité pour lui d’intervenir. Il intervient toujours pour notre bien, en tous cas lui il le croit !

Si nous donnons une importance démesurée à une situation vécue, notre inconscient peut nous croire en danger de mort et intervenir pour nous soustraire à cette situation dangereuse et sauver notre vie. Face à la survie, la maladie ou l’accident semblent supportables. Voilà pourquoi plus nous sommes pessimistes et négatifs, plus nous sommes sujets au catastrophisme, plus nous sommes persuadés de notre impuissance face aux événements de la vie et plus nous risquons de développer des bénéfices secondaires inconscients.

Une mauvaise perception des situations

Face à une situation conflictuelle ou pénible,  la personne va parfois surdimensionner l’importance et la gravité de celle-ci, par la perception erronée qu’elle s’en fait. Elle se croit sincèrement coincée et elle est désespérée. L’individu va à un moment donné, réussir à convaincre son inconscient qu’il n’existe aucune solution ordinaire pour en sortir. La perception surdimensionnée dans ses aspects négatifs de la réalité, augmentée de la certitude d’être piégé et impuissant face à elle, va persuader l’inconscient qu’il y  a danger de mort et face à un danger de mort, l’inconscient intervient alors dans l’urgence, sans réfléchir pour sauver notre vie. S’il faut pour sauver la vie de la personne en passer par la maladie, même grave, par l’accident, même très risqué, eh bien soit ! La vie passe avant tout et l’inconscient va faire ce qui lui semble opportun et approprié à l’instant précis où ça se produit.

La sagesse populaire connaît intuitivement ce phénomène depuis longtemps, même sans savoir l’expliquer vraiment. Lorsque nous sommes témoins de la situation d’une personne qui en fait trop, dépasse ses limites et continue à accomplir des actes qui lui réussissent pas, lui déplaisent ou la fatiguent vraiment trop, souvent nous finissons par lui dire : « Arrête toi, tu vas finir par avoir un accident ! »

Car lorsque nous ne sommes pas capables d’arrêter nous-mêmes, notre corps va parler et réagir. Parfois ce sera une simple somatisation : allergies, problèmes de peau, réactions diverses qui, tout aussi déplaisantes et pénibles qu’elles soient, ne mettent pas vraiment la santé en danger. Le corps nous donne un avertissement. A nous de le prendre en compte.

Dans les cas de somatisations (nous ne parlons ici, dans cet article, que de ceux-là sans nier ça va sans dire, l’existence d’une part de hasard ou la cause purement physique ou biologique de la maladie), l’inconscient est toujours caché derrière ces manifestations corporelles. Puisque la personne n’est pas ou plus capable d’agir consciemment et raisonnablement, alors il reprend la main « pour la sauver ».

Parfois, il va simplement pousser des cris d’alarme : le symptôme qui se chronicise tant que le malade ne met pas fin à ce qui le cause. Si l’inconscient en vient à penser que la situation est vraiment grave et dramatique et que la vie de la personne est en jeu (à cause de perceptions démesurément négatives de la réalité par le conscient) alors cela pourra aller plus loin comme nous l’avons vu plus haut.

L’héritage de la psychanalyse

Nous avons tous entendu parler des actes manqués et des lapsus. La psychanalyse nous a appris qu’il s’agissait de manifestations pures de l’inconscient. Si je casse « comme par hasard » le vase affreux offert par ma belle mère et que je n’osais pas jeter ou donner pour ne peiner personne, si je dis tout haut le contraire de ce que j’aurais voulu exprimer et qui correspond à ma pensée véritable, c’est le même phénomène mais c’est anecdotique et anodin. Pourtant ça relève d’un fonctionnement similaire.

La psychanalyse travaille sur les mécanismes inconscients profonds qui peuvent conduire à toutes sortes de symptômes physiques ou comportementaux mais c’est un processus de longue haleine.

Le bénéfice secondaire ne s’installe pas toujours dans l’urgence pour nous permettre d’échapper à une situation malaisée. Il fait parfois suite à un accident ou à une maladie au caractère tout à fait fortuit. Le bénéfice n’est alors absolument pas anticipé, pas même à un niveau inconscient. Il n’en est pas moins vrai que la situation de crise permet de révéler des bénéfices auxquels on avait jamais songé. Une fois que nous avons « goûté » à ces bénéfices secondaires, nous ne parvenons plus à sortir de la situation qui les a mis en place.

Comment lutter contre les bénéfices secondaires ?

Assumer nos pensées, nos choix, nos désirs. Nous affirmer et oser dire, trouver du courage pour faire ce que nous désirons même quand ça comporte des risques. Attendre passivement que l’inconscient intervienne à travers le corps est encore plus risqué. Est-ce que la justification que nous offre le bénéfice secondaire vaut-il vraiment la peine de subir le pire ?

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Véronique CHEYRIAS
Praticienne Hypnose Ericksonienne et Programmation Neuro Linguistique

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